CHAPITRE 12: L ‘ART ET LA TECHNIQUE

INTRODUCTION

L’art ne doit pas seulement être entendu dans le sens de « beaux-arts » : il ne faut pas oublier l’art de l’artisan, qui lui aussi réclame une technique, c’est-à-dire un ensemble de règles à respecter. Il est clair cependant que les beaux-arts n’ont pas la même finalité puisqu’ils recherchent le beau et produisent des objets dépourvus d’utilité. Qu’est-ce que l’art ? Recourt-il à la beauté ? Quelle peut être la fonction de l’œuvre d’art ?

I/ ANALYSE CONCEPTUELLE

1/ L’art

Le mot “art” avait servi à désigner toute activité humaine ayant pour but de produire des objets : en ce sens, l’art s’oppose à la nature, qui est l’ensemble de tout ce qui se fait sans que l’homme ait à intervenir. L’art réclame toujours des règles : lorsque l’on est charpentier comme lorsque l’on est musicien, il faut observer des règles si l’on veut produire l’œuvre désirée. C’est exactement ce que veut dire le mot ‘’technè’’ en grec : la technique, c’est l’ensemble des règles qu’il faut suivre dans un art donné.  L’art, étymologiquement, vient du mot latin ‘’ars, artis’’ qui  signifie technique, méthode, ensemble de procédés d’un métier.

  2/ La technique

La technique est l’ensemble des outils, instruments et machines conçu, fabriqué et utiliser par l’homme pour avoir prise sur son milieu, sur l’univers. Mais la plupart des recettes  techniques viennent de pratiques instinctives, d’abord irréfléchies. On a remarqué bien souvent que l’outil prolonge l’organe. Le bâton est le prolongement  du bras qui frappe ou écarte. L’hameçon est le prolongement du doit recourbé… Il y a donc une origine biologique de la technique qui n’est que l’épanouissement chez un être intelligent des procédés spontanés d’adaptation au milieu, propres à tous les êtres vivants.

II/  FONCTION DE L’ART ET VALEUR DE LA TECHNIQUE

            1/ La question de l’utilité de l’art 

Ce qui semble distinguer les œuvres d’art des objets techniques – et donc l’art au sens des beaux-arts de la technique ou artisanat –, c’est l’utilité : les œuvres d’art semblent inutiles alors que les objets techniques ont tous une fonction.

2/ Le statut social de l’art

Faut-il sans doute se contenter de définir l’œuvre d’art à partir de son statut social : est une œuvre d’art tout objet qui est reconnu comme tel. Ce qui fait qu’un objet est une œuvre d’art, ce n’est pas une propriété inhérente à cet objet, mais une certaine attitude que nous adoptons envers cet objet.

a/ Le beau

Le plus simple est encore de considérer que l’œuvre d’art vise la beauté, le plaisir. C’est d’ailleurs le point de vue défendu par la plupart des artistes. Au sens le plus simple, la beauté peut se définir comme simple plaisir des sens, équilibre et harmonie des formes, des couleurs, des sons. On trouve cette beauté dans toute œuvre d’art.

Mais la question du beau reste perplexe: qu’est ce que le beau? Quelle est son origine: l’objet ou le sujet?

b/ Le vrai

L’interprétation de l’art comme un moyen d’accès à la vérité est d’abord liée à l’idée que l’art serait fondamentalement mimétique, c’est-à-dire qu’il viserait à imiter la nature.

 Mais il reste à savoir ce qu’il faut entendre par « imitation de la nature ». Cela peut signifier que l’art cherche à reproduire les apparences des choses naturelles, ou alors qu’il essaie de reproduire, plus profondément, le travail créatif de la nature. Si nous prenons d’abord l’expression au premier sens, la possibilité d’atteindre la vérité par ce moyen peut sembler compromise : l’apparence ne s’oppose-t-elle pas à la réalité ?

c/ Le bien

-L’art au service de la libération suprême :

Pour Schopenhauer, l’art est la solution éthique suprême, car la contemplation esthétique apaise la volonté et réalise notre secret désir, qui est le but de l’éthique : la négation de la volonté. La volonté est manque, donc souffrance, et source de toute souffrance.

– L’art au service de la vie :

Nietzsche  affirme que le bon art est celui qui stimule la volonté, tandis que l’art qui la nie est un art morbide, symptôme de décadence. Il envisage l’art et juge l’art en fonction de sa capacité à promouvoir le bien, mais ce bien désigne la vie, la santé, la force, et non des vertus morales au sens classique.

– L’art au service du bien :

Léon Tolstoï défend l’idée que l’art doit être au service du bien. L’art est un moyen de communiquer les émotions, un moyen d’union entre les hommes. C’est parce que l’art est au service du bien qu’il est universel (le bon plaît à tout le monde).

4/ La valeur de la technique

a/ Les avantages de la technique

La technique libère dans le sens qu’elle rend possible de parvenir à des connaissances qui sont fort utile à la vie. Descartes dit à cet effet que « connaissant la force et les actions … De tous les corps qui nous environnent, nous les pourrions employer et ainsi nous rendre maître et possesseur de la nature ». La technique est, par conséquent, une des manifestations les plus éclatantes de la culture humaine.

Pour Bergson grâce à la technique nous pouvons nous reposer plus. Car « la machine procure à l’ouvrier un grand nombre d’heures de repos ». En effet, grâce aux inventions techniques l’homme travaille physiquement moins avec des rendements plus satisfaisants qu’en absence des outils techniques.

b/ Les inconvénients de la technique

Par contre pour d’autres la technique aliène l’homme. Parce que les inventions techniques sont souvent à l’origine des problèmes humains. Brogle dit à cet effet que: « toute augmentation de notre pouvoir d’action augmente nécessairement notre pouvoir de nuire. » Ainsi, de nos jours, le développement prodigieux des techniques déséquilibre et inquiète l’humanité. L’homme aurait joué les apprentis-sorciers et la technique, en un développement monstrueux et désormais incontrôlable,  se serait mise en quelque sorte en dehors de la culture.

II/  LE RAPPORT ENTRE ART ET TECHNIQUE

1/ Opposition entre l’art et la technique

On peut montrer la divergence qui existe entre l’art et la technique à partir de leur finalité. L’art visant le beau, le bien et le vrai se diffère de la technique qui vise l’utile.

L’opposition que l’on peut constater entre les deux serait également du fait que l’art est subjectif et la technique est objective.  Verlaine dira « l’art, mes enfants, c’est être absolument soi-même » et  a Claude Bernard de s’exprimer ainsi : « L’art c’est moi, la science c’est nous. »

Tandis que nous parlons plus de progrès techniques, quand à l’art on ne pourrait parler de progrès. La technique est une œuvre collective dont les résultats s’additionnent.  En revanche, il ne suffit pas d’écrire après Racine pour écrire mieux que Racine, peindre après Vermeer pour peindre mieux que Vermeer. La technique est un devenir, l’art est un perpétuel recommencement.

2/ Rapprochements possibles entre l’art et la technique.

Mais cette différence n’est pas manifeste au moment où l’art de nos jours tout en visant l’esthétique songe également à être utile.

L’art peut être considéré comme un ensemble de techniques et également comme un produit ou le fruit de la technique. La technique serait aussi le moyen qu’utilise l’artiste pour produire une œuvre artistique

En somme, pouvons-nous dire que l’art comme la technique ne cherche que le bonheur de l’homme. Chaque pratique vise à satisfaire l’homme, même  s’il ne s’agit pas de la même satisfaction. Car l’art semble s’occuper de la satisfaction spirituelle tandis que la technique se donne pour mission la satisfaction matérielle de l’homme.

CONCLUSION

Lorsque nous nous posons la question de savoir ce qu’est l’art, la définition que l’on propose est souvent « négative » dans le sens où cette définition est produite par démarcation avec la nature d’une part, avec la technique d’autre part. Il y a cependant une proximité entre l’art et la technique comme en témoigne du mot grec ‘’technê’’ (la technique). Même si  la technique vise l’utilité de son produit, contrairement à l’art qui vise le beau, les deux contribuent au bonheur de l’homme.

 

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