CHAPITRE 13: LA RELIGION

 Introduction

Étymologiquement, religion signifie relier. Mais que s’agit-il de relier ? Les hommes et les dieux, comme le suggère saint Augustin ? Ou faut-il penser que Dieu n’est qu’un intermédiaire mystérieux destiné à relier les hommes entre eux par le respect de règles éthiques ? L’anthropologie pourrait encore suggérer qu’il s’agit de relier les vivants aux morts : la religion est en effet coextensive au culte des morts.

I/ LE FAIT RELIGIEUX

1/ Essai de définition du fait religieux

La religion est un phénomène social mystérieux. Il semble consubstantiel à l’homme dès son origine, et peut même servir de critère de l’humanité : on a pu faire commencer l’humanité avec les premiers cultes des morts. C’est donc l’universalité du phénomène qui s’impose à première vue : on ne connaît guère de société sans religion.

a/ La dimension sociale

La dimension sociale est un élément essentiel de la religion. La religion est toujours, par définition, organisée en ecclésia, assemblée, et s’accompagne toujours d’un minimum de rites. La religion n’est jamais qu’une modalité de la conscience collective, c’est-à-dire du lien social, de la contrainte exercée par le groupe sur chaque individu.  De plus, toutes les religions suscitent un sentiment intense d’appartenance à un même corps

b/Le profane et le sacré

Les objets quelconques acquièrent un statut « sacré », c’est-à-dire qui sont séparés, interdits : fétiche, totem, temple, mosquées, etc. L’essence du religieux est dans cette distinction entre le profane et le sacré : cette distinction se retrouve dans toutes les religions.

Nous arrivons donc à la définition suivante : Une religion est un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées qui unissent en une même communauté morale, appelée Église, tous ceux qui y adhèrent.

c/ La règle du jeu

Enfin, la religion se caractérise par sa dimension normative[1] : en même temps qu’elle nous donne une vision du monde elle nous indique quel est notre devoir. Toute religion constitue ainsi une morale ou une éthique, c’est-à-dire une règle du jeu, un ensemble de prescriptions accompagné de sanctions – récompenses ou punitions.

2/ La religion comme dispositif moral et politique

a/ Religion et morale

La religion entretient donc un rapport intime à la morale. D’une part, on peut considérer qu’elle énonce et fonde en Dieu les règles morales traditionnelles afin d’en accroître l’autorité par un juge suprême, omniscient et omnipotent qui décide du sort de notre âme dans l’au-delà au moment du jugement dernier.

b/ Religion et politique

Le lien entre religion et politique est aussi évident. D’abord, il existe un lien profond entre la religion et la politique dans la mesure où la religion est en rapport étroit à la société et à la morale. La religion ne laisse jamais le pouvoir politique indifférent. On peut même comprendre la religion dès l’origine comme un dispositif politique : cela fonctionne bien pour toutes les religions.

II. Le fondement  DE LA RELIGION

1. La nature de « Dieu »

La signification du mot « Dieu » est parfaitement ambiguë. Cette notion varie évidemment considérablement entre les différentes religions, qu’elles soient monothéistes, hénothéismes ou polythéistes. “Définissez moi d’abord ce que vous entendez par Dieu et je vous dirai si j’y crois”, répondait Einstein à un journaliste qui lui demandait s’il croit en l’existence de Dieu. Malgré la complexité de définir de Dieu, on peut s’accorder Dieu est une réalité métaphysique.

2. Les arguments en faveur de l’existence de Dieu

a/L’argument d’autorité

D’abord, il y a l’argument d’autorité, qui repose sur la révélation. Nous ne discuterons pas cet argument, puisqu’il est par définition indiscutable. Ce n’est pas un argument rationnel, mais un simple fait que l’on nous demande d’admettre.

b/Pas de création sans créateur

 Toute chose dans le monde a été créée par une autre chose ; il faut donc bien que le monde aussi ait été créé : il n’a pu surgir du néant. Il a donc fallu que Dieu créât le monde. La faiblesse de cet argument saute aux yeux : Mais alors qui a créé Dieu ? S’empresseront de demander les enfants.

c/L’ordre du monde

Un argument plus subtil est de poser Dieu comme la seule explication possible de l’ordre du monde. Nous constatons que le monde, autour de nous, est parfaitement ordonné et fonctionne à merveille : comment tous ces êtres, tous ces animaux et écosystèmes auraient-ils pu se constituer d’eux-mêmes ? Tant d’harmonie et de beauté devait confondre l’entendement des anciens, et de ce point de vue il faut reconnaître que l’hypothèse d’un Dieu suprêmement puissant et intelligent est peut-être la plus vraisemblable et la plus naturelle.

d/La preuve par le désir

Dans le même ordre d’idée, les théologiens remarquent que l’homme a un désir de pain, et le pain existe ; il a un désir d’eau, et il trouve de l’eau ; il a besoin de lumière, et le soleil lui fournit la lumière. Or l’homme présente le désir universel de Dieu : n’est-il donc pas vraisemblable que Dieu existe, puisque tous les autres désirs de l’homme existent ?

3/ Certains courants de pensées et leurs conceptions de Dieu

a/ Le théisme traditionnel

            C’est la conception de Dieu qui nous est la plus familière parce qu’elle est celle des grandes religions (juive, chrétienne, musulmane) issues des livres saints.

            Selon la conception théiste Dieu est avant tout le Créateur de l’Univers. Il est transcendant au monde créé (c’est-à-dire extérieur et supérieur au monde). Il est la source de tout ce qui existe, le principe des vérités logiques, des lois de la nature, la source suprême et la garantie des valeurs morales.

  b/ Le panthéisme

            Ce mot signifie étymologiquement que tout (pan) est dieu (théos) ou que Dieu est partout. Pour les panthéistes, il ne faut pas distinguer Dieu du monde. Dieu n’est ni créateur du monde, ni extérieur et supérieur (transcendant) au monde. Mais Dieu se confond avec le monde, ou encore le monde est en Dieu, non à l’extérieur de Lui.

4/ La foi et la raison ou Religion et philosophie

 Dieu n’est pas un objet empirique que nous pourrions rencontrer dans la vie de tous les jours : il n’est pas l’objet d’une perception directe au même titre que les corps matériels de ce monde. Par conséquent, il semble que notre raison soit incapable de répondre à la question de l’existence de Dieu. Mais peut-être y a-t-il en nous une autre faculté qui peut se substituer à la raison pour nous indiquer la voie là où celle-ci ne sait que dire. C’est le sens de la distinction entre la foi et la raison.

La foi, d’après Kierkegaard, se situe sur un tout autre plan que la raison, et même répudie tout à fait la raison. « La foi, écrit-il, n’a pas besoin de la preuve, qu’elle doit regarder comme son ennemie.»

Mais cette position est difficile à tenir. En effet, la foi ne se donne jamais comme une croyance vague, comme un théisme  abstrait, mais comme la croyance en une religion révélée.

5/ Les limites de la raison

Pour Pascal, le monde est infini. L’homme est perdu, coincé entre l’infiniment petit et l’infiniment grand. Par conséquent, il est voué à l’ignorance : noyé dans l’infini, sa raison ne pourra jamais lui découvrir qu’une fraction infinitésimale du réel, et une part négligeable de la vérité. D’ailleurs il est impossible de connaître véritablement une partie sans connaître le Tout. Il faut donc se résoudre à admettre notre ignorance et les limites de la raison :

– La dernière démarche de la raison est de reconnaître qu’il y a une infinité de choses qui la surpassent ; elle n’est que faible, si elle ne va jusqu’à reconnaître cela.

– Le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît point. (…)

– C’est le cœur qui sent Dieu et non la raison. Voilà ce que c’est que la foi : Dieu sensible au cœur, non à la raison.

6/ Limites de la religion

Selon Karl Marx « la religion est le soupir de la créature opprimée. Elle est l’opium du peuple ». Pour dire que la religion aliène l’homme car elle est un moyen d’exploitation des pauvres. Ainsi,  elle encourage les pauvres à demeurer dans leur situation  sociale et décourage les riches si ces derniers sont intéressés par l’enseignement religieux.

Aussi la religion est une illusion. Par le sentiment, l’individu croit réaliser son désir de protection éprouvé pendant son enfance. En effet, pour Freud, l’homme se sent faible par tout ce qui dépasse ses capacités et comme il n’est plus sous la responsabilité de ses parents il projette la responsabilité parentale vers Dieu qui, dans la religion est père, prendra soin de lui. Or, dit-il, « ces idées religieuses sont des illusions »

En outre, la religion entraîne le fanatisme qui est source de violence. Il existe plusieurs religions et les unes ne résistent pas à la tentation d’imposer la leur aux autres. C’est ainsi que dit Tasliman Nasreen « La religion donne naissance à l’intégrisme comme la graine donne naissance à l’arbre »

Enfin, l’existence de Dieu n’est pas chose rassurante pour tous. La religion a pour objet principal Dieu. L’être Suprême qui est à l’origine de tout ce qui existe. Selon, l’athéisme, courant de pensée qui prône la négation complète de DIEU, le monde n’a pas été créé par une Personne transcendante, il ne procède pas davantage d’une unité immanente, d’un Principe dont il serait le développement.

CONCLUSION

La religion s’oppose à la magie en se voulant adoration et non domination. Du moins met-elle aussi le monde en question en affirmant la transcendance des Dieux par rapport au monde, du  sacré par rapport au profane. Même si les réponses  des religions sont tenues pour mythiques par leurs adversaires, du moins les problèmes : tragique de la condition humaine (mort), mystère de notre destinée (d’où nous venons-nous ? où allons-nous ?), énigme de l’infini et de la transcendance se posent inexorablement.

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