CHAPITRE 14: ÉTAT , SOCIÉTÉ , POUVOIR POLITIQUE ET LIBERTÉ

INTRODUCTION

            Contre l’insécurité, face à la nature et face à d’autres hommes, l’homme a depuis longtemps recherché la sécurité et la paix par le regroupement social et l’entente politique. Le regroupement social a commencé par la famille, premier élément de la société et s’est prolongé par la Nation, la Patrie et l’Etat. Quant à l’entente politique ou la politique simplement c’est l’art de gouverner la cité (polis). Aristote fait remarquer que « l’homme est un animal politique ». Comment définir plus précisément ces notions et comment s’exerce le pouvoir politique ? Cet exercice est-il favorable à la manifestation de la liberté humaine ? C’est là tout l’objet de ce chapitre.

I / APPROCHES DEFINITIONNELLES

1/ La société   

a/Définition

             On peut définir la société comme un regroupement d’individualités, structuré par des liens de dépendance réciproque, et évoluant selon des schémas réglés. Il désigne alors cet ensemble dans lequel est intégrée la vie de tout homme, avec ses occupations, ses désirs, ses actes.

b/ Rapports individu-Société

            L’on s’accorde à dire que l’homme trouve son épanouissement dans une société. Dans ce cas on peut dire que c’est la société qui fournit à l’homme tous les ingrédients de son existence. De ce fait l’homme doit tout à la société. Il ne saurait se désolidariser sans commettre une injustice ; en retour il participe à la construction de la société par ses apports personnels. Tout compte fait il faut retenir que société et individus sont constitutifs l’un de l’autre ; autrement dit, ils dépendent l’un de l’autre.

2/ Politique

a/ L’essence de la politique

Le terme politique vient du grec ‘polis’ qui veut dire la cité et de ‘technè’ qui veut dire le savoir-faire, la technique de commander. La politique  signifie donc tout  ce qui  attrait à la vie collective  tout ce qui concerne l’organisation  de la cité. Ce mot à plusieurs visages : il peut être employé au masculin  (le politique: L’État, les institutions et qui gouvernent la cité) ou au féminin  (la politique: art de gouverner la cité avec des projets bien définis ou activité en vue de la conquête du pouvoir d’Etat ). Enfin on peut l’employer comme adjectif: tout ce qui touche à la vie sociale .

b/ Les moyens de la politique

D’une manière générale, toute autorité politique se propose pour but d’œuvrer dans le sens de l’épanouissement des citoyens ; c’est-à-dire  la satisfaction des intérêts matériels et moraux des citoyens. Quels sont les moyens  qu’il faut alors employer pour réussir ?

Machiavel n’a pas manqué de suggérer au prince l’usage de la ruse et de la force. Pour lui  ce sont les deux (2) moyens incontournables pour qui veut conquérir  le  pouvoir et l’exercer sans péril car le pouvoir est percé sous l’angle de la  compétition et il faut donc de la force  pour le conquérir. Machiavel reconnaît  que la force   ne suffit pas. Ainsi, il faut tantôt la ruse qui permet  d’économiser la force ; elle est tromperie, intrigue, coups bas, retournement  spectaculaire de vestes.

3/ État

a/ Définition

L’État peut se définir comme  l’autorité  souveraine qui s’exerce  sur les individus  à l’intérieur d’un  territoire déterminé.  Dans ce cas tout Etat se distingue des autres Etats par les bornes territoriales de son autorité politique.

Remarque : Il ne faut pas confondre Etat et gouvernement ;  En effet, le gouvernement désigne un groupe de citoyens qui assument  l’autorité de l’Etat à un moment donné.

b/ Analyse de la notion d’État

*État/ Nation

La nation désigne une notion morale et évoque  une descendance commune basée sur des fondements historiques reconnue par chaque membre de cette nation. On peut alors dire que la nation est un ensemble de personnes solidaires, unies par des sentiments  de sacrifices qu’on a fait ou qu’on est disposé à faire. Il en découle  que l’identité nationale peut dépasser le cadre d’appartenance à un Etat particulier.

 Le nationalisme est perçu en politique comme une expression de souveraineté ; c’est-à-dire d’indépendance ; il signifie également une lutte de libération. Le nationalisme mal compris aboutit à la xénophobie.

*État/ Patrie

Quant à la patrie, c’est un concept formé de 2 mots latins ‘’pater’’ : père et ‘’terra’’ : terre. Donc  on peut retenir que la patrie c’est la terre de mon père. C’est aussi le Pays natal. La patrie évoque non seulement un territoire mais surtout la communauté des hommes qui y habitent. On retient fondamentalement que patrie est le nom sentimental de l’Etat.  Il désigne un sentiment de préférence à l’égard du pays du citoyen et c’est d’ailleurs ce sentiment qui légitime l’existence des armées nationales.

L’appartenance à une patrie exige de nous certains devoirs. En effet, il faut contribuer à ses charges économiques, participé à sa construction sociale et politique et à sa défense. Le patriotisme à l’excès conduit au chauvinisme

c/ Fonctions de l’État

Laissé à lui-même l’homme fait un mauvais usage de sa liberté. En effet, les passions et les désirs qui l’habitent sont souvent en contradiction ace l’ordre social d’où la naissance du désordre de la société. Il fallait alors trouver les moyens pour harmoniser les rapports  entre les membres de la collectivité et ce, à travers les institutions. Quelles sont alors les fonctions de l’Etat ?

En un premier temps  l’Etat  est appelé à assurer un minimum d’ordre  pour l’épanouissement des hommes: fonction politique. L’Etat  joue  aussi une fonction d’arbitrage: il doit régler les différents  (les conflits) qui  naissent au sein de la société entre  individus ou entre citoyens et institutions.  L’Etat a un autre rôle qui est économique et social. Économique dans le sens de la rétribution  des richesses aux citoyens. . De l’autre coté la fonction sociale consiste à prendre en charge  la gestion de la société par la création et l’entretien des structures d’accueil, de formation, à l’intention de toute la société.

Au contraire, pour les penseurs libéraux, l’Etat doit limiter son action à la fonction que l’on dit régalienne (c’est-à dire celle qui relève du pouvoir du roi) : justice, police et défense. Le reste doit être laissé à l’initiative privée.

4/ La Liberté

a/ Définition

A première vue la liberté est la condition d’une personne qui n’est sous la dépendance d’aucune autre. Elle peut être aussi le pouvoir de faire ce que l’on veut.  Elle est vue aussi comme le droit de faire tout ce que les lois permettent, sous réserve de ne pas porter atteinte aux droits d’autrui. Enfin elle serait le  pouvoir qu’aurait la raison humaine de se déterminer en toute indépendance 

On ne peut parler de liberté sans l’homme. Pour dire que la question de liberté est toujours et seulement le problème de l’homme. Car, seul, l’homme est libre et connait la valeur de la liberté. J.J ROUSEAU dira à cet effet que : « renoncer à sa liberté c’est renoncer à sa qualité d’homme, aux droits de l’humanité, même à ses devoirs ». Il montre par là le lien intrinsèque qu’il y a entre l’homme et la liberté. Ainsi sans l’homme pas de liberté et sans la liberté on ne peut pas parler d’un être humain. Et J.P SARTRE ira plus loin pour montrer que la liberté est imposition pour l’homme et il ne peut s’en débarrasser. Il est donc « condamné à être libre. Condamné, parce qu’il ne s’est pas créé lui-même, et par ailleurs cependant libre, parce qu’une fois jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu’il fait ». Ainsi, « l’homme ne rien d’autre que son projet, il n’existe que dans la mesure où il se réalise, il n’est donc rien d’autre que l’ensemble de ses actes, rien d’autre que sa vie » (JP SARTRE)

b/ Analyse de la notion de la liberté

La question de rapport  entre la liberté individuelle et celle collective n’en demeure pas moins complexe. La seule certitude que nous pouvons avoir est que l’homme a besoin de jouir de ces deux libertés pour s’affirmer vraiment libre. Maintenant qui a la priorité avant qui ? Le problème ici restera sans solution si on pense que l’on peut envisager une dimension sans l’autre. Car on a beau être en paix intérieurement si extérieurement on est affronté des obstacles notre épanouissement. De même, si l’extérieur nous permet  d’exprimer absolument notre liberté et qu’au fond de nous-mêmes nous sommes en déphasage la liberté extérieure restera sans utilité. Néanmoins on peut considérer que la priorité accordée à une dimension pourrait favorise l’éclosion de l’autre.

* Primauté de la liberté individuelle (intérieure)

Selon  Hanna Arendt : « Nous prenons conscience d’abord de la liberté ou de son contraire dans notre commerce avec d’autres, non dans le commerce avec nous-mêmes. » On la comprend par-là que la liberté est d’abord un fait social qui conditionne la liberté intérieure. Celle-ci ne serait rien si extérieurement on n’est pas libre.

* Primauté de la liberté collective (extérieure)

Cependant, la liberté extérieure ne saurait également être effective si on ne possède pas un minimum de liberté intérieure. Car, on le sait bien que la collectivité ne se crée pas  sans l’individu. Et si l’individu qui constitue le social ne vient pas avec une certaine tranquillité intérieure ne pourrait en aucun cas construire une société libre. Parce qu’il est lui-même un danger pour cette liberté collective dont il envisage l’élaboration. La problématique de rapport entre les deux dimensions de la liberté suscite donc celle de la relation entre l’Etat et la liberté.

II/L’ÉTAT ET LA QUESTION DE LIBERTÉ

Nous pouvons dire que le politique tient le social en l’Etat. Ainsi l’action politique, l’action étatique et l’action sociale ont même finalité.

1/ Idée d’une compatibilité entre Etat et Liberté

a/ Etat comme garant de la liberté

Il doit  avoir un lien intrinsèque entre la politique  et la liberté. Pour Arendt, la liberté ne peut être garantie que dans l’Etat. Car la liberté n’est pas d’abord une idée, une abstraction, mais un fait qui peut se constater dans la vie publique de l’individu. Ainsi sans politique pas de liberté. La liberté n’existe pas si le cadre politique ne garantie pas son exercice.

  Etat rime avec lois. Or, depuis Montesquieu, il est devenu courant d’entendre dire que la liberté, pour l’homme qui vit en société, consiste dans l’obéissance à la loi, donc à  l’Etat. En effet, il affirme : « Il est vrai que, dans les démocraties les peuples parait faire ce qu’il veut : mais, la liberté politique ne consiste point à faire ce que l’on veut. Dans un Etat, c’est-à-dire, dans une société où il y a des lois, la liberté ne peut consister qu’à pouvoir faire ce que l’on doit vouloir, et à n’être point contraint de faire ce que l’on ne doit pas vouloir. »  Il n’y a pas d’antinomie entre la liberté et l’obéissance à la loi, mais au contraire la loi se présente comme étant  le critère même de la liberté. C’est ainsi que Jean Jacques Rousseau soutient que la liberté « suit toujours les lois, elle règne ou périt avec elles ».

b/ Liberté comme justification du pouvoir politique

La liberté justifie l’essence de l’Etat. En effet, La liberté est une idée régulatrice qui sert à orienter l’organisation politique d’une société. Car un pouvoir politique qui ne garantit pas la liberté des citoyens n’est pas digne d’exister.

Sur le plan théorique, l’idée selon laquelle liberté et politique sont liées, n’est pas toujours acceptée.

2/ Idée d’une incompatibilité entre Etat et  Liberté

a/ Etat comme obstacle à la liberté

L’histoire politique des sociétés révèle que l’Etat, le pouvoir politique n’est permet pas toujours la manifestation de la liberté.

En  effet, l’Etat est considéré comme le lieu de la violence. Car son moyen normal et spécifique pour maintenir son autorité est la violence. MAX WEBER dit à ce propos : « s’il n’existe que des structures sociales d’où toute violence serait absente, le concept d’Etat aurait disparu et il ne subsisterait que ce qu’on appelle l’anarchie. La violence n’est évidemment pas l’unique moyen normal de l’Etat (…), mais elle est son moyen spécifique… ».

Par conséquent, les marxistes pensent que tout pouvoir politique signifie domination de l’homme sur l’homme, l’aliénation de la liberté. Pour que la liberté soit, il faut que l’Etat disparaisse en tant qu’instrument de la bourgeoisie pour dominer et exploiter le prolétariat.  C’est ainsi que Max Stirner soutient que « l’Etat n’a toujours qu’un but : borner, lier, subordonner les individus à la chose générale. »

 Michel BAKOUNINE réclame abolition de l’Etat qui ’obstacle à la liberté : « l’Etat, c’est l’autel de la religion politique sur lequel la société naturelle est toujours immolée : une universalité dévorante, vivant de sacrifices humains … ».  L’individu n’a pas de place dans l’Etat mais le collectif. C’est pourquoi BAKOUNINE ajoute que « l’Etat est un vaste cimetière où vont s’enterrer toute les manifestations de la liberté individuelles » et Jean GRAVE s’écrie : « Ni Dieu, ni maître ».

L’approche existentialiste sartrienne  voit l’Etat comme un obstacle à la liberté. Cette dernière est connue d’abord comme liberté individuelle et elle est liée à la notion de responsabilité. L’homme est libre signifie qu’il est responsable de sa vie, qu’il n’est “rien d’autre que l’ensemble de ses actes”. Cette thèse justifie le refus de tout déterminisme extérieur à la volonté humaine. Or, dans l’Etat l’homme apparaît comme un être déjà déterminé,  son existence est déjà orientée.

b/ La question de la légitimité

Dans la liberté politique, il se révèle que l’obéissance à la loi sociale est un signe de la liberté. Cependant un problème se pose: toute loi est-elle légitime? Peut-elle être légitime si ceux qui les élaborent ou qui sont chargés à son application ne sont pas légitime? Dans la vie politique pratique,  les citoyens se révoltent parfois contre les lois et contre l’ordre politique établit qu’il juge alors injuste.  La question se pose de savoir si l’obéissance à des lois injustes  constitue un véritable critère de la liberté. La Légitimité D’un Pouvoir Politique Est Conditionné Par Les critères suivants: liberté, autonomie, égalité, justice. Ces critères sont également le fondement du droit.

III/ L’AMBIGUÏTÉ DE LA LIBERTÉ

1/ Liberté, une nécessité pour l’homme

 L’existence humaine qui apparaît, chez Sartre, avant tout comme liberté .L’homme existe avant d’être ceci ou cela. Et c’est lui qui décide d’être ceci ou cela. Ainsi  son existence est une liberté. Par conséquent la liberté s’impose à l’homme. Nous sommes donc contraints d’être libres. Car l’existence est irréductible à toute logique et à tout système. On dira certes que j’agis pour des raisons, mais l’existentialisme réponde que j’ai choisi mes raisons. Donc la liberté est une nécessité pour l’homme. La liberté est donc nécessaire et imposée à l’homme. Mais l’homme pourrait être totalement libre ?

2/ L’impossibilité de la réalisation totale de la liberté

            Malgré la nécessité de la liberté pour l’homme, sa réalisation totale est impossible. En effet, pour Kant « Il faut, pour y parvenir,  des concepts exacts de la nature d’une constitution possible, une grande expérience exercée par de nombreux voyages à travers le monde, et, par –dessus tout, une bonne volonté préparée à accepter cette constitution ». La réalisation d’un tel idéal coïncide avec la fin de l’histoire qui elle-même ne peut advenir qu’à travers la réalisation de la république mondiale. A quand cette république?

CONCLUSION

Au terme de notre travail, retenons que l’homme est un animal politique, donc un être social. Pour ce faire il a le devoir d’y vivre heureux sans pour autant porter atteinte au bonheur des autres et plus il doit contribuer à leur épanouissement. Mais cela est-il possible si les volontés individuelles se diffèrent? Il faut instaurer un pouvoir politique qui réglera les désirs personnels en vue de garantir la liberté collective tout en permettant l’expression de la liberté individuelle. Mais une organisation humaine est_elle capable de satisfaire à la foi l’individuel et le collectif? Si oui comment? Si non que faire?

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