CHAPITRE 15: VIOLENCE ET PAIX

INTRODUCTION

Au seuil du 3e millénaire, la paix demeure à la fois un enjeu et un défi d’une très grande importance pour les peuples du monde en générale et pour ceux des pays en développement en particulier. En effet, les pays en développement connaissent aussi des déchirures internes et externes. Des déchirures qui montrent le double visage de l’humanité : celui de l’humanité souffrante qui recherche inlassablement la paix et celui de l’humanité prédatrice qui est la cause de la souffrance du premier. Il y a là la question de la violence qui se pose et pose à son tour celle de la paix. D’où les questions qu’est-ce que la paix ? Qu’est-ce que la violence ? quel engagement devons-nous avoir vis à de celles-ci?

I/ CLARIFICATION DES CONCEPTS

1 /Force

La force revêt plusieurs formes : la force physique est une capacité d’action que l’on évalue objectivement en fonction des effets qu’elle produit. La force morale, au contraire, se manifeste par des capacités émancipatrices ou créatrices (détermination, autonomie, indépendance d’esprit…) qui  ne se mesure pas et qui peuvent même exclure toute mise à l’épreuve conflictuelle, voire violente. Le plus « fort » n’est pas forcément celui qui peut (ou veut) briser l’autre. La force, chez l’homme, n’est donc pas la violence mais une qualité moralement neutre et dont, seul, l’usage violent peut donner lieu  à la réprobation ou à la sanction

2/ Violence

Étymologiquement, la violence est considérée comme abus  de la force. Mais renvoi également à ‘violer’ qui veut dire ‘agir contre’,  ‘enfreindre le respect dû a une personne’. Ainsi la violence serait, un abus de puissance, une profanation de la nature aussi bien que transgression des lois les plus sacrées.  

Il existe également des violences structurelles et sournoises qui sévissent chez les pauvres. Ces violences sont la faim, les maladies, l’analphabétisme,l’injustice, la destruction de l’environnement etc.

La guerre désigne une lutte entre deux parties ayant recours à la force physique et aux armes pour régler un différend. Il y a donc usage de la violence.

3/ Paix

Si l’on examine les représentations que les uns et les autres ont de la paix, l’on se rend compte que le concept recouvre des significations variées :

D’abord, la paix peut être  un état d’esprit résultant d’une harmonie personnelle: c’est la paix intérieure ou individuelle. Celle-ci se manifeste en plusieurs étapes: Chez l’adolescent, elle se traduit par la confiance, l’entente, un contrat avec la nature ; chez l’adulte, La paix se situe dans un emploi stable, au foyer, dans ses loisirs ; chez les personnes âgées, la paix devient un sentiment affectif, un sentiment de sécurité. Cette paix intérieure contribue à la réalisation de la paix extérieure ou sociale.

Ensuite, la dimension sociale de la paix se définit comme l’absence de guerre, l’arrêt des hostilités. Toutefois, à l’image de la guerre, elle prend la forme d’un état prolongé dans le temps. Être en paix suppose l’assurance que la menace de guerre se trouve mise à l’écart, que les motifs d’hostilité aient suffisamment été anéantis pour que la tranquillité soit solide et durable. Elle se comprend donc comme la situation dans laquelle aucun trouble n’est suffisamment aigu pour qu’il entraîne la destruction des hommes les uns par les autres.

II/ ORIGINE ET RÔLE DE LA VIOLENCE DANS LA SOCIÉTÉ ET DANS L’HISTOIRE

1/Origine

Selon les Grecs la violence est le  fruit de l’orgueil et de la démesure, cette subversion coupe irrémédiablement l’homme de la nature.

La violence aurait une origine biologique selon certains. Pour la psychanalyse, la violence serait intimement liée à la condition humaine. L’homme en tant qu’être de désir et de pulsion tant vers plus l’agressivité ou même la  cruauté. C’est pourquoi la société tente la répression qui pousse l’homme au refoulement. Freud dit ceci: “     bande d’assassins”  Aussi Hobbes pense que « Nous pouvons trouver dans la nature humaine trois causes principales de querelle : la rivalité, la méfiance, la fierté. »

Pour René Girard,  en revanche, la violence chez l’homme n’est pas instinctive, mais intersubjective et sociale. Le fait de la persécution est  ainsi le principe originaire et structurel de tout ordre social. Par conséquent, la violence trouve son origine dans le désir d’instauration de l’ordre social.

Il est montré que le degré de violence tant au niveau individuel que social est le résultat de la culture et de l’éducation. Tout homme en effet acquiert dès l’enfance une mentalité d’être supérieur et de gouverner toujours ses frères.

2/Rôle

Selon Héraclite, « le conflit est commun, la discorde est le droit, et toutes choses naissent et meurt  selon discorde et nécessité » Pour dire ainsi que rien ne voit le jour que sous l’influence de la violence. La violence est donc la cause de l’existence. D’où son rôle créateur de tout ce qui existe.

Pour Hegel, « l’Esprit constitue pour lui-même son propre obstacle à surmonter » : en d’autres termes, l’histoire procède de la violence. Le rôle de la violence en ce moment c’est permettre l’individu de s’affirmer, de se faire reconnaître. C’est       Machiavel pense que le rôle de la violence est de prendre le pouvoir et le conserver. Ainsi, le prince a le droit et l’obligation d’user la violence s’il veut conserver son pouvoir.

III/ LES APPROCHES ET LES FORMES DE VIOLENCE

1/Violence physique et / ou morale

La violence peut être physique, morale, physique et morale. On peut donc violenter quelqu’un physiquement seulement (le fait de le frapper); moralement seulement (le fait de l’insulter) ou dans les deux cas en même temps. Ces différentes formes de violences se manifestent dans les cas suivants :

a/ La maltraitance des enfants

De nos jours le travail des enfants est devenu source de richesse. Et nombreux sont ceux  qui en profitent pour s’enrichir en bafouant la dignité et le droit des enfants. C’est une forme de violence car il y a un traitement démesuré de la dignité des enfants.

b/ Les violences basées sur le genre et la religion…

Il y a souvent les violences basées sur le genre, généralement sur le genre féminin. En effet, les femmes sont souvent traitées simplement et seulement comme des moyens et non comme une fin. Ainsi on dirait  qu’elles sont, seulement, pour le foyer et pour s’occuper des enfants. Elle n’a pas une décision à prendre ni dans sa famille ni dans celle de son mari.

On peut également noter le fait que nombreuses filles ne sont pas autorisées d’aller à l’école juste parce qu’elles sont filles et selon les parents elles sont étrangères. C’est une violence basée sur le genre. De même que l’incapacité de faire le choix de leur époux : le mariage forcé. Il y a aussi l’excision qui est la plus grande violence faite aux femmes à la fois sur leur intégrité physique et morale. Cependant, il existe également des violences faites aux hommes.

Notre monde connaît aujourd’hui de nombreux attentats dont les auteurs disent de les faire au nom de Dieu. Ainsi les religions deviennent  sources de violences qui font souffrir et endeuiller plusieurs personnes. Car celui qui ne fait pas partir de ma religion doit être contraint  d’y appartenir sous peine d’être exécuté au nom de Dieu. Cela est une méconnaissance de sa religion et de Dieu.

2/Violence légale et illégale

La violence est légale  quand elle est acceptée et adoptée par les institutions du pays dans la législation. Il s’agit surtout la violence usée par le pouvoir politique. Car la violence est le moyen spécifique et normal de l’Etat. C’est pourquoi Max WEBER dit : « s’il n’existait que des structures sociales d’où  toute violence serait absente, le concept d’Etat aurait disparu »

La violence est illégale si elle n’est pas objet d’une législation. Ainsi, on peut dire que la violence exercée par un individu quelconque pour soi-même n’est pas légale. Par exemple, rendre justice par soi-même.

3/Violence culturelle (effets de la mondialisation)

La violence est souvent culturelle aussi. Dans ce cas il est question de piétiner ou de bafouer la culture de l’autre. A l’issue de la banalisation de l’autre culture on va jusqu’à lui imposée la sienne (colonisation). C’est le cas des africains et les occidentaux. L’Afrique de nos jours est déracinée ; elle n’est ni africaine, ni européenne. Cette forme de violence peut être responsabilisée dans tous les deux pôles : ethnocentrisme au niveau de l’occident et l’acculturation coté africain.

III/ LE PROBLÈME DE LA LEGITIMITE DE LA VIOLENCE

Que la violence soit légale ou illégale sa légitimité pose problème. Comme nous l’avons vu par les lois que la légalité ne suffit pas pour la légitimer, la violence légale n’est pas forcement, légitime.

La violence pure ne peut être légitimée par la philosophie. Car la pensée est par nature refus de la violence selon Eric WEIL. En effet, pour lui la pensée est le choix de la réflexion et du dialogue, reconnaissance de l’autre comme interlocuteur, ami et semblable. Toute fois la violence peut non seulement s’expliquer mais se justifier dans bien des cas (légitime de défense, résistance à l’oppression, etc.). Elle peut même être tenue pour rationnelle, reconnue par la raison.

La violence ne sera pourtant jamais légitime à proprement parler ; selon ARENDT, « instrumentale » par nature, elle est destructrice de tout pouvoir concerté et donc des conditions de possibilité de toute communauté humaine. Même si, à court terme, elle peut produire des effets positifs, à long terme, elle finit toujours par révéler une dimension foncièrement suicidaire.

Le problème de la légitimité de la violence, engendre le concept de la non-violence. La non-violence a un double sens : refus de la violence et /ou méthode pour agir sans violence. On remarque aussitôt que la non-violence n’est pas  une attitude passive ou résignée. Gandhi affirme : « Je vois que je peux avec succès prêcher l’abimsa (non-violence) à ceux qui savent mourir,  mais non à ceux qui ont peur de la mort ». Autant dire que la non-violence telle que Gandhi la concevait diffère de la lâcheté comme de la soumission.

 

IV/ CONDITIONS ET FONDEMENTS DE LA PAIX

Pour que règne la paix dans le monde, il faut premièrement la volonté même de la paix. Car cette volonté  donnera les moyens  nécessaires pour garantir et rechercher la paix. Deuxièmement, il faut  créer un cadre  idéal qui permet à tout un chacun d’appartenir  à un groupe social. En effet, la paix se manifeste intérieurement par le sentiment d’appartenance et extérieurement  par la sécurité garantie par son  groupe.  La troisième condition  de la paix serait le respect de la dignité et de la vie  humaine : pour ce faire  il faut  reconnaître  l’autre  dans sa nature et non dans ses actes.

Toutes ces conditions ne peuvent procurer la paix qu’en fondant  sur le droit, la justice, l’égalité et la liberté. En plus d’autres éléments de base doivent être observé pour que la paix soit effective. Il s’agit, du pardon et de la réconciliation, la solidarité et l’unité.

CONCLUSION

La vie sociale repose sur l’insociable sociabilité, expression qui traduit la coexistence de deux penchants antagonistes. D’un côté, les hommes tendent à s’associer les uns avec les autres car seule la coopération sociale leur permet de satisfaire leurs désirs et leurs intérêts. De l’autre, la férocité de leur égoïsme et la volonté d’avoir la suprématie sur les autres instituent la société en lieu de concurrence forcenée, ce qui la menace perpétuellement de dissolution. Or, le jeu des passions qui les conduit sans cesse à se heurter violemment les uns aux autres et finit par empêcher la satisfaction de leurs inclinations les amène, malgré eux, à se donner des lois et in fine à obéir à la raison plutôt qu’à leurs désirs.

 

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