CHAPITRE 17: LA PERSONNE

       INTRODUCTION

‘’QUI SUIS-JE ? QUEL EST-CE JE QUI EST ?’’ Ces deux questions sont sur un ordre différent. La première renvoie à la psychologie et à la psychanalyse. Autrement dit chercher à savoir ‘’qui suis-je ?’’, revient à étudier le contenu psychologique d’une personnalité, c’est-à-dire si le sujet en question est émotif rancunier, etc. La deuxième renvoie à la conscience, à la personne. Autrement dit chercher à identifier une personne (c’est-à-dire quel est ce je qui est ?), c’est prendre conscience de l’unité de cette personne dans le temps à travers la multiplicité des aspects de son existence. Alors qu’est ce que la personne? Comment peut-on la comprendre et comment la traiter?

I/ ANALYSE CONCEPTUELLE

 1/  La personne 

            La personne est une notion à la fois juridique et morale. Elle désigne l’homme en tant que sujet conscient et raisonnable, capable de distinguer le bien du mal, le vrai du faux, et pouvant répondre de ses actes ou de ses choix.

            Dans l’esprit du personnalisme, il ne faut pas confondre la personne avec un ‘’cogito ‘’ raisonnable(Descartes) ou avec un sujet universel comme celui de Brunschvicg. La personne serait alors « la conscience de l’impersonnel ». Chaque personne apparaît comme  une liberté engagée dans le monde et parmi les autres hommes pour incarner des valeurs éternelles dans des situations particulières et temporelles. Dans ce sens Jean LACROIX écrit : « La personne n’est ni l’individuel ni l’universel, mais bien plutôt un au-delà qui commande une certaine tension entre l’individuel et l’universel ». Définir la personne comme le mouvement d’un esprit incarné pour rejoindre les valeurs universelles ; c’est souligner que la personne n’est pas une donnée mais un devoir être.

            La notion de personne se distingue de celle de personnage : ce qui change le plus manifestement dans l’individu ce n’est pas tant la personne que les personnages différents qu’il est amené à jouer au sein de la société. Le personnage est le rôle que l’individu assume dans la communauté. “Persona” signifie masque et ce masque que porte la personne est le personnage. Cela peut être une fonction administrative, un rôle théâtrale ; familial… Ainsi l’individu est-il un ensemble de personnages différents dans la même personne.

            La Personne diffère également de la personnalité : la personnalité c’est l’ensemble des caractères qui le distingue de tous les autres individus. Ces caractères sont changeants, variables suivants les humeurs et les circonstances.

Ce sont les variations au niveau du personnage et de la personnalité qui donnent l’impression que la personne change considérablement et rapidement.


2/ Personne et identité

En affirmant l’immortalité de l’âme, le christianisme rencontre la croyance spontanée en l’identité du sujet,  par-delà les changements qui l’affectent. Pourtant cette identité est problématique. Qui suis-je, en effet ? Quel est ce moi dont chacun est assuré qu’il existe ? Je suis d’abord un corps. Mais ce corps que je suis peut changer, tandis que je reste le même. C’est  sur cette évidence que s’appuie d’ailleurs la croyance en une survie de l’âme, séparée du corps.

Je suis, ensuite, doté d’un certain nombre de qualités qui me sont propre et que l’on regroupe habituellement sous le terme de caractère ou de ‘‘personnalité’’. Mais cette réalité psychologique est elle-même changeante, peut s’altérer sans que disparaisse, là encore, la conscience de mon identité.

L’identité personnelle est donc tout à la fois certaine et insaisissable. Mais cette contradiction disparaît si l’on renonce à penser la personne comme une “chose pensante” à la manière cartésienne. La personne est un principe de cohésion et de cohérence. Par conséquent, l’identité de la personne se trouve dans sa capacité de se reconnaître responsable de ses pensées et de ses actes.

3/ La personne comme valeur

C’est parce qu’il est une personne que l’homme est sujet de droits, c’est-à-dire capable de prendre des décisions qui l’engagent. Avec Kant, la personne devient une catégorie morale. La personne est en effet non seulement un sujet de droits, mais un objet du devoir. La personne est, selon Kant, une valeur, et existe comme une fin en soi, par opposition aux choses qui ont une valeur relative et dont on peut user comme de simples moyens.        

Reconnaître que la personne est une valeur et a une dignité, c’est dépasser la simple affirmation de ses droits. C’est dire qu’elle(la personne) doit être protégée et respectée, même lorsqu’elle est empêchée ou incapable d’agir librement. Affirmation dont on ne peut nier la légitimité, mais qui pose de redoutables problèmes éthiques, comme on le voit dans les discussions actuelles autour  de l’euthanasie ou du statut de l’embryon humain.

II/ LE PROBLÈME DE L’UNITÉ PERSONNELLE

            1/ Condition biologique de l’unité personnelle

            L’être vivant est un individu, c’est-à-dire quelque chose d’indivisible formant un tout. Ici  indivisible veut dire qu’on ne peut diviser sans le détruire. Ce qui agit sur un organe retentit sur tout l’organisme  et ce qui affecte un organisme à un certain moment peut se répercuter toute la durée de son existence. Ainsi l’unité et la continuité de notre organisme apparaît comme la base du sentiment conscient de notre unité. La conscience de notre unité personnelle ne serait que le reflet de l’unité biologique fondamentale de notre être. Cependant la personne n’est pas une simple donnée biologique d’où viennent alors les valeurs qui la constituent ?

            2/ Condition sociale de l’unité personnelle

            La société est le lieu où l’unité du ‘’moi’’, le sentiment d’être  une personne s’acquiert dans les relations avec les autres. L’enfant prend conscience de lui-même à la fois en imitant ou en s’opposant aux autres. De même pour l’adulte, la société est présente à l’origine du sentiment du moi, à travers l’idée de responsabilité par laquelle je me reconnais aujourd’hui l’auteur de mes actes d’hier. La société ne  cesse de nous obliger à nous surveiller nous-mêmes ; car nous sommes entourés de témoins qui nous observent.

III/ Le personnalisme

            1/ Définition

            Le personnalisme est une tendance de la pensée existentialiste. On peut le comprendre comme une doctrine morale et sociale fondée sur la valeur absolue de la personne. Il se distingue rigoureusement de l’individualisme et souligne l’insertion collective et cosmique de la personne. L’univers de la personne,  c’est l’univers de l’homme. La philosophie personnaliste ambitionne de défendre la personne contre tous les systèmes (philosophie, scientifique, psychologique…) ; elle  veut libérer l’homme de tout appareil de pensée et d’action qui, selon Mounier, «  fonctionnerait comme un distributeur automatique de solution et de consignes ». 

            2/ Quelques auteurs personnalistes et leurs idées

Il est bon de rappeler que le terme même de personnalisme a  été inventé, dès 1903, par Renouvier. Ce dernier lui-même est directement sous l’influence du kantisme. Kant pourrait passer  pour le vrai fondateur du personnalisme.  C’est lui qui inaugure la philosophie moderne en consommant ce que G. Marcel appelle ‘’le déclin de la sagesse ».

Emmanuel Mounier n’aimait pas les mots en ‘isme’. Son personnalisme n’est pas d’abord de penser mais de soigner ou plutôt de sauver l’homme.

CONCLUSION

La notion de la personne nous renvoie à un être raisonnable, un être qui a la capacité de penser et d’être conscient du fait qu’il pense. L’homme est le seul être qui, dans la nature, a une conscience développée, une intelligence qui lui permet d’imaginer, de dominer. Il est difficile de le définir bien qu’il soit la chose la plus réelle. Quand on dit : une personne ; je vois quelque chose qui pense, qui est juste, qui est vrai. La personne est donc une valeur et mérite le respect. Cet idéal de respect est-il une réalité pratique ?

 

error: Ce contenu est protégé !!
Ecole Digitale

GRATUIT
VOIR