CHAPITRE 18: LE BONHEUR

INTRODUCTION

L’homme a une double nature : être de sensibilité aspirant à cet état de satisfaction maximale de ses désirs qu’on nomme le bonheur, il est aussi un être de raison qui sait que ce bonheur ne serait rien s’il l’amenait à nier l’exigence d’une conduite morale : le devoir. Ainsi comment comprendre le bonheur? Que faire pour être heureux? Le bonheur nous est-il accessible?

I/ ANALYSE CONCEPTUELLE

1. Comment définir le bonheur ?

Le bonheur, ce n’est pas simplement être heureux : comme l’écrivait Aristote, « Une hirondelle ne fait pas le printemps, ni non plus un seul jour ». Cette phrase, devenue proverbiale, signifie que le bonheur n’est pas l’affaire d’un instant ; il doit, s’il est véritable, s’inscrire dans la durée. Devons nous-donc définir le bonheur en tenant compte de sa durée et de ses conditions de réalisation.

2. Peut-on définir le bonheur ?

Selon Kant, nous sommes dans l’impossibilité de définir le bonheur par lui-même : on dit qu’il est l’état maximal de satisfaction ; mais comment savoir si ma satisfaction est bien maximale ? Et comme le bonheur est un « idéal de l’imagination » que je ne peux définir, mon entendement est incapable de déterminer les moyens qu’il faudrait employer pour être effectivement heureux. Pour Kant, la raison nous dit comment éviter d’être à coup sûr malheureux, mais non comment être heureux ; aussi les conseils des différentes philosophies antiques sont-ils seulement négatifs. Mais éviter le malheur, ce n’est pas encore être heureux ; il s’agit alors plutôt de savoir si la recherche du bonheur doit être la suprême motivation de l’homme dans son existence.

II/ DEVOIR ET BONHEUR

1. En quel sens le bonheur et le devoir seraient-ils compatibles ?

Aristote aussi bien que les Épicuriens ou les Stoïciens s’accordent sur ce point : seule une vie juste et droite peut nous faire accéder au bonheur véritable, c’est-à-dire durable. Pour les Épicuriens, si le plaisir est essentiel au bonheur, certains désirs amènent plus de troubles que de réjouissances : il faudra les écarter, et se contenter des désirs naturels et nécessaires, parce qu’ils sont source de plaisir et faciles à satisfaire. Pour les Stoïciens, le bonheur ne saurait être durable s’il dépend des circonstances extérieures : je dois discipliner ma volonté pour apprendre à ne dépendre que de moi, parce que mon bonheur ne peut être laissé aux caprices de la fortune.

2. L’obéissance au devoir peut-elle s’accompagner de la recherche du bonheur ?

Comme l’a montré Kant, celui qui fait son devoir par intérêt, et non par pur respect pour ce que la morale commande, n’a que l’apparence de la moralité : c’est la distinction qu’il fait entre les actions accomplies véritablement par devoir, et les actions qui sont seulement accomplies conformément au devoir. L’homme véritablement moral doit « humilier » en lui la sensibilité et son penchant naturel à vouloir satisfaire ses désirs : si agir par intérêt est contraire à la moralité, la conduite véritablement morale doit aller à l’encontre de tous nos intérêts sensibles, y compris la recherche du bonheur. Selon Kant, on ne peut donc pas à la fois faire son devoir et rechercher le bonheur, parce que le devoir, c’est précisément faire passer l’impératif de la moralité avant la recherche du bonheur.

3. Faut-il renoncer à être heureux pour être moral?

Non ! Une telle morale serait inhumaine, parce qu’il est dans la nature même de l’homme de chercher à être heureux. Mais comme devoir et bonheur sont incompatibles ici-bas, je ne puis qu’espérer être heureux plus tard, et ailleurs, si je me suis rendu digne du bonheur par ma vie droite : il faut faire son devoir sans se soucier d’être heureux, tout en espérant qu’il y aura un Dieu juste et bon pour m’accorder après la mort la vie du bonheur. Certes, on ne pourra jamais démontrer ni que Dieu existe, ni que l’âme est immortelle : du point de vue de la connaissance (raison théorique), ces propositions sont indécidables. Mais dire que l’alliance de la moralité et du bonheur est à jamais impossible conduirait à désespérer de la loi morale : il faut donc poser qu’une telle alliance doit être possible, en postulant l’immortalité de l’âme et l’existence d’un Dieu juste. Immortalité de l’âme et existence de Dieu deviennent alors des postulats exigés par la raison pratique.

CONCLUSION

La question du bonheur a toujours été un problème central de la philosophie. En effet tout homme aspirant au bonheur, les actions humaines ont toujours pour but de rendre heureux celui qui agit. Mais cela ne s’avère pas si simple. Car les hommes n’ont pas toujours été heureux. Mais pourquoi ?  
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