CHAPITRE 8: LA CONNAISSANCE DU VIVANT

INTRODUCTION

Le vivant est entendu comme un être capable d’auto-organisation, reproduction, respiration, de sensation, etc. bref, le vivant se comprend dans sa capacité à évoluer physiologiquement ; à aller de la naissance à la maturité, de la maturité à la mort. Connaitre le vivant revient pour ce fait à expliquer ce qui le constitue, qui le caractérise, mieux ce qui le fonde essentiellement. Connaitre un phénomène biologique c’est pouvoir l’expliquer objectivement, c’est-à-dire justifier les causes et son mode de fonctionnement. Or, on se rend compte que l’étude du vivant ne va pas de soi, puisqu’elle fait l’objet des controverses entre philosophes est scientifique. Certains pensent que le vivant se comprend mieux si on prend la vie comme objet d’étude, d’autres pensent au contraire que c’est l’explication physico-chimique qui rend mieux compte du vivant. À certains moments le vivant s’explique sous une forme évolutionniste, et à d’autres sur la base de l’expérimentation. Delà tout le problème, celui de voir s’il existe une méthode mieux adaptée à la connaissance du vivant ; ce qui revient à voir si, en dépit d’une méthode adéquate, la connaissance du vivant peut comporter des limites. Ceci dit, peut-on objectivement connaître le vivant ? Si oui, y aurait-il une méthode mieux adaptée à l’explication scientifique et crédible du phénomène biologique ? L’utilisation d’une méthode plus scientifique en biologie exclut-elle la critique, l’erreur ? La prétention de connaître le vivant peut-elle comporter un danger éthique ?

I/ APPROCHE CONCEPTUELLE

        1/ Clarification des concepts de vie, vivant et biologie

                      a/ La vie

            La vie est l’intervalle de temps écoulé entre l’apparition et la mort d’un individu ou d’un organisme. Par analogie, ensemble des activités des hommes et des peuples, dans leur différents aspects (vie morale, religieuse, vie des nations…)

                       b/ Le vivant

            Le propre d’un être vivant, quel qu’il soit, c’est justement d’avoir quelque chose en propre, l’identité, l’individualité, le milieu interne. Le vivant se distingue, ainsi, du milieu par une membrane, et cela pour échanger de façon réglée avec ce milieu, dans un sens qui lui est largement mais provisoirement favorable. Car le vivant transforme la matière extérieure en la rendant semblable à lui, jusqu’à ce qu’il meure. Donc le vivant est un être capable d’assimiler et s’organiser, capables de se conserver et se reproduire, c’est enfin l’être capable de mourir. La vie désigne également le principe fondamental animant les êtres vivants.

                       c/ La biologie

            Venant de deux mots grecs : « bios », vie et « logia », étude, la biologie peut être considérée comme la science de la vie.  Elle est donc l’ensemble de caractéristiques, propres à tous les organismes, végétales et animales -principalement la croissance, la reproduction et l’assimilation, par opposition à la matière inerte.

        2/ Les caractéristiques

Six (6) caractéristiques déterminent tout vivant : L’unité morphologique autour de la cellule : le vivant est unifié à travers une forme. L’irritabilité cellulaire : C’est la capacité de la cellule de réagir en vue d’une auto-adaptation face aux excitations venant des stimuli-extérieurs. Le pouvoir d’assimilation et de nutrition: C’est la capacité d’absorber des corps étrangers et de les transformer en la propre substance même de la cellule. La fonction respiratoire de la cellule : La cellule respire en ce sens qu’elle consomme de l’oxygène et rejette du gaz carbonique. Cette respiration est source d’énergie. La division ou la croissance : L’être vivant avant d’atteindre sa taille qui lui est propre s’accroît suit à la division rapide de ses cellules. La reproduction :Le vivant a la possibilité de se reproduire grâce à la fusion du gamète mâle et du gamète femelle.

            REMARQUES : Les caractères que nous venons de découvrir montrent l’originalité de l’être vivant par rapport à la matière inerte ou non vivante. Ces caractères nous montrent surtout un élément fondamental : L’être vivant est un individu autrement dit un être un et indivisible (individuum). Il est une totalité c’est-à-dire un ensemble cohérent d’éléments structurés entre eux. Une autre remarque qui s’impose est celle du caractère sacré du vivant.

II/LES DIFFÉRENTES MÉTHODES PORTANT SUR LA CONNAISSANCE DU VIVANT

         1/Le mécanisme.

Si l’être vivant n’est qu’un composé matériel, s’il n’est que pure matière, alors le comportement animal (par exemple la motricité) peut être expliqué de façon purement mécanique, par le mouvement des atomes, donc par cette partie de la physique qui traite du mouvement: la mécanique.

Tant que l’on en reste à cette conception, l’apparition d’une science de la vie est inutile. Cependant, la réduction du vivant à la matière pose des problèmes. Imiter les propriétés de la vie dans des automates se révèle ardu.  Le savant n’étudie l’organisme que du point de vue de l’anatomiste, il analyse le cadavre. Or, qu’est-ce qui est propre à la vie ?

           2/Vitalisme

La vie est une force qui permet à l’être vivant de se développer, de s’auto-réparer, qui le pousse à s’entretenir et à se reproduire. La vie est conçue comme une force intérieure à l’être vivant. Cette propriété spéciale, cette force particulière est d’inspiration aristotélicienne. Pour Aristote, la différence entre le monde vivant et le monde inerte consiste dans la présence, en l’être vivant, d’une âme. Tout être vivant a une âme. Mais il ne s’agit pas forcément d’une âme pensante. L’âme, pour Aristote, c’est le principe vital, le principe d’animation (”animal” vient de “anima”), ce qui fait qu’un être est animé. Aristote distingue trois espèces d’âmes: l’âme végétative, simple principe de croissance, l’âme sensitive, capable en plus de plaisir et de douleur, et l’âme rationnelle, la capacité de penser. Cette force qui anime tout être vivant et le rend capable de croissance, de reproduction et de réparation, est baptisée “vie“. Le vitalisme affirme l’originalité du vivant. Ce qui distingue celui-ci de la simple matière, c’est qu’il possède en plus une force particulière: la vie. La vie, c’est cette force qui résiste à la destruction, qui s’affirme contre la tendance à la destruction. En effet, les objets inertes sont soumis au principe d’entropie. Ce principe de la thermodynamique n’énonce que tout système clos subit une déperdition d’énergie. Dans le monde des corps physiques, l’évolution va nécessairement dans le sens d’une dégradation.  La machine s’use. Le vivant, lui, a la capacité de croître, de s’auto-entretenir (se nourrir), s’auto-réparer (cicatriser).

            Cependant, le vitalisme ne permet pas l’apparition d’une connaissance scientifique de l’être vivant. En effet, le concept de vie est encore trop vague, même semblable aux forces occultes auxquelles les philosophes du Moyen Age avaient recours. Elle n’est guère explicative: les animaux sont vivants, nous dit-elle, parce qu’ils ont en eux un principe de vie. De plus, la notion de vie est comprise comme une cause finale.

       3/L’explication finaliste du vivant : un finalisme vitaliste

Le finalisme est une doctrine philosophique, et plus ou moins scientifique, qui stipule que tout ce qui existe, existe en vue de réaliser une fin, un but qui lui est propre. La vie est cette force qui rend l’être vivant capable de se développer lui-même, qui assigne sa place à chaque élément lors du développement. C’est comme si l’organisme avait conscience d’un but. Le corps vivant est véritablement un organisme, c’est-à-dire un tout hiérarchisé et organisé. La force qui anime l’être vivant, lui permet de résister aux forces qui tendent à le détruire, le guide dans son développement, c’est la vie.

III/ DE LA CONNAISSANCE DU VIVANT : EXIGENCE D’UNE MÉTHODE EXPÉRIMENTALE

               1/ La méthode expérimentale

La méthode expérimentale consiste à tester par des expériences répétées la validité d’une hypothèse en obtenant des données nouvelles, qualitatives ou quantitatives, conformes ou non à l’hypothèse. L’expérimentation permet au biologiste de se démarquer des préjugés, et de l’observation naïve.  Car, en science, on ne montre pas, on démontre, on explique, on analyse, mieux, on expérimente.  Mais, quelles conditions doit-on remplir pour expérimenter un phénomène biologique ?

            2/Le problème d’objectivité en biologie

On peut comprendre le concept d’objectivité à deux niveaux : le premier consiste à identifier l’objectivité à la certitude ; le deuxième quant à lui l’identifie à la critique, à la falsifiabilité et à la corroboration scientifique. Si tel est le cas, alors la biologie peut-elle nous donner une connaissance objective du vivant ?

L’objectivité en biologie tient d’abord à sa méthode et à son esprit critique. En biologie, l’expérimentation est la méthode qui nous permet de donner un contenu rigoureux au vivant, et de pouvoir en rendre compte avec plus d’efficacité. Avec cette méthode on peut décrire et expliquer avec précision, les caractéristiques physiologiques et cellulaires d’un être vivant y compris leur fonctionnement. Seulement,  l’objectivité que la méthode expérimentale confère à la biologie n’a de sens que si et seulement si la critique et la corroboration sont possibles.

S’il est presqu’ illusoire d’avoir  une connaissance certaine du vivant, c’est parce que « l’homme est à la fois l’observateur et l’observé », pense Claude Lévi-Strauss. Le biologiste ressemble là à un homme qui s’observe lui-même, et qui doit déterminer si ce qu’il observe est vrai ou faux. Le deuxième problème de la biologie tient à la complexité de son objet d’étude (le vivant). Car, le vivant est un être variable et diversifier ; et parfois sa variabilité peut avoir plusieurs sources

IV/ DE LA CONNAISSANCE DU VIVANT ET SES DANGERS BIOÉTHIQUE

L’expérimentation nous a permis de comprendre effectivement les caractéristiques physiologiques des êtres-vivants ; et même de suivre leur fonctionnement. Mais, cette méthode poussée au plus haut point laisse place à l’immoralité intellectuelle. L’homme veut tellement se connaitre au point de sacrifier les autres vivants. Comme si l’homme était le principe, sinon la cause fondamentale de la vie animale et végétale. Cet anthropocentrisme ne devrait pas nous étonner, car, depuis Descartes l’animal n’est qu’une machine sans âme, sans conscience ; donc on peut faire de son corps ce que l’on veut, sa douleur ne devrait pas nous affecter. Or, une telle conception est en contradiction avec l’ordre naturel des choses. L’homme et l’animal ont pour dénominateur commun la Nature et Dieu.  La connaissance de soi ne peut-elle se faire que dans la persécution et dans le sacrifice des autres êtres ! Comment peut-on sacrifier de sang-froid un animal ! Le prix de la connaissance de soi serait-il la mort de l’autre !  On comprend donc pourquoi Monette Vacquin  invite les biologistes et médecins à « mettre des limites dans la prétention de maîtriser la nature ». L’expérimentation ne doit pas porter atteinte à la dignité de l’animal. Il faut donc moraliser la science, et l’expérimentation biologique en particulier ; car, « science sans conscience, disait déjà Rabelais, n’est que ruine de l’âme ».

                            CONCLUSION

En substance, si la connaissance portée sur le vivant peut être objective, cette objectivité ne doit pas être comprise au sens dogmatique ; celle qui pense qu’une connaissance élaborée soit par la raison, soit par l’expérience ne peut jamais être remise en cause. Son objectivité tient plutôt à sa capacité à soumettre ses énoncés et résultats à la critique collective. C’est vrai que l’expérimentation devient la méthode privilégier des sciences empiriques notamment la biologie aujourd’hui, mais, son objectivité tient plus à la falsifiabilité de ses théories qu’à sa certitude. Car, même en biologie on ne vérifie pas mais on corrobore. Mais cette expérimentation abandonnée à elle-même peut entrainer des dangers graves, ceux consistant à être prêt à sacrifier les autres vivants de sang-froid, ce, en vue de mieux se connaitre. Il faut moraliser la recherche en biologie. Peut-on être vraiment moralisé la recherche biologique en respectant toujours les lois scientifiques?

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