CHAPITRE 9: THÉORIE ET EXPÉRIENCE

      INTRODUCTION

L’homme est un être qui établit avec la nature un rapport qui n’est pas seulement celui de la consommation mais qui est aussi un rapport de connaissances. Comment l’homme connaît il le monde ? Est-ce seulement par la perception ? Notre capacité de réflexion, de pensée y joue très elle un rôle ? Qu’est-ce que l’expérience ? Quelle importance a-t-elle dans la connaissance ?

            I/ANALYSE CONCEPTUELLE

                       1/ Science

La science, selon Lalande est un ensemble de connaissances organisé en système qui possède les propriétés suivantes : elles sont rigoureusement contrôlées, elles contiennent des informations non pas sur les individus qui les formules mais sur les propriétés des objets concernés, elles requièrent l’accord des esprits qui s’y consacrent.

                      2/ Expérience

L’expérience est une connaissance acquise par la perception sensorielle ou par une longue familiarité avec le sujet.

                      3 / Théorie

La théorie est un ensemble de connaissances rigoureuses portant sur un domaine particulier de la réalité.  Elle est un ensemble de propositions solidaires dans la mesure où le retrait de l’une d’elles entraîne la contestation de plusieurs autres.

La science est-elle plutôt théorique que produite à partir de l’expérience ? A cette question, il y a traditionnellement deux philosophiques qui définissent deux écoles de pensées.

II/ LES ÉCOLES DE PENSÉES TRAITANT LA QUESTION DE LA CONNAISSANCE

                    1/ L’empirisme

Pour la première école appelé empirisme, l’expérience est la condition nécessaire et suffisante de la connaissance et il s’agit de l’expérience perceptive. Pour connaitre un objet, il suffit de l’observer et il faut l’observer. C’est ainsi Magendie déclare que « des faits bien observés valent mieux que toutes les hypothèses du monde ». L’idée est que, quand nous observés un fait façon régulière et attentive, ses propriétés fondamentales ne peuvent pas nous échapper.

Cependant, Kant observe que si l’expérience peut être considérée comme une condition nécessaire de la connaissance, elle ne peut pas être considérée comme une condition suffisante.

Socrate considère aussi que réduire la science à l’expérience, à la perception et à la sensation, c’est ruiner l’essentiel de la science, l’objectivité : c’est dire, que la science est subjective.

                        2/ Le rationalisme

Pour la seconde école appelée rationaliste c’est la raison qui produit la connaissance. La science commence non pas quand on ensemble des observations, mais quand on réfléchit pour trouver une explication à ce que l’on a ainsi observé. : c’est l’esprit qui connaît, c’est la raison qui comprend et non l’œil ou l’oreille selon Alexandre Koyré

Toutefois, il faut se garder d’un rationalisme radical absolu. La connaissance est connaissance d’un objet réel. E. Kant écrit que l’expérience, si elle n’est pas guidée par la raison est aveugle ; et la théorie, si elle n’a pas de contenu empirique, concret et réel, est vide. Il faut donc que l’expérience soit guidée par la théorie rationnelle, et que la théorie porte sur un contenu réel pour qu’il ait connaissance véritable. Cette nécessaire association de l’expérience à la théorie se manifeste de façon éclatante dans la forme canonique de la méthode expérimentale.

             II/ LA MÉTHODE EXPÉRIMENTALE

La forme classique de la méthode selon laquelle la recherche se fait dans la science été codifiée par Claude Bernard. Cette codification vise à éviter l’erreur au tant que cela est possible (en mettant l’accent sur le contrôle expérimental), et en même temps, à permettre la créativité (en insistant sur la nécessité d’une imagination scientifique)

C’est pourquoi, cette méthode associe des moments pratiques (comme l’observation et l’expérimentation) à des moments théoriques (comme l’hypothèse et l’élaboration des résultats)

                            1/ L’observation

Il s’agit du moment exploratoire quand le scientifique aborde le phénomène pré-essayé de saisir le problème. C’est une phase de l‘expérience

                            2/ L’hypothèse

En fonction de son expérience et de ses capacités ; le scientifique imagine une solution au problème : l’hypothèse. C’est une phase qui requiert l’intervention de la raison : théorie

                             3/ L’expérimentation

L’expérimentation scientifique est une expérience méthodique et raisonnée. Le scientifique raisonne ainsi : si mon hypothèse est juste et si je modifie le phénomène de telle ou telle manière, telle et telle conséquences doivent s’en suivre. Et il procède à la modification en question ; il regarde si les conséquences prévues ont lieu ou pas. C’est la deuxième phase de l’expérience

                              4/ L’élaboration des résultats

Au vu de ce que montre l’expérience scientifique, le scientifique tire les conséquences : Élaboration des résultats. C’est la deuxième phase de la théorie

                       III/L’ESPRIT SCIENTIFIQUE

On voit en quel sens l’esprit de la science n’est pas dogmatiquement empiriste ou dogmatiquement rationaliste. Il s’agit de guider l’expérience par la raison, de se servir de la théorie pour donner un sens à l’expérience ; mais il s’agit aussi de féconder la théorie et de la contrôler par une expérience effective.

Selon Karl Popper, la science est une entreprise essentiellement critique dont l’évolution consiste en conjecture audacieuse pour expliquer les faits, et en expérimentation ingénieuse pour falsifier les théories, les hypothèses. Mais T. S. Kuhn montre que ce n’est là qu’un aspect de la science : celle-ci a aussi besoin de consensus solide autour de théories qu’on ne cherche pas à remettre en cause mais à utiliser pour expliquer de nouveau phénomène.

                              CONCLUSION

La connaissance du monde est un phénomène complexe qui implique la mise en œuvre de mécanisme divers, l’intervention de faculté multiple. Elle ne peut donc pas être comprise comme la mise en œuvre d’une compétence unique. Même l’esprit critique doit être relativisé dans la mesure où, comme Kuhn l’a indiqué, l’entreprise scientifique nécessite des moments d’accord puissant autour de résultat qui sont considérés comme incontestable. Mais l’esprit critique est vivant aussi puisque la vérité scientifique n’apparait jamais comme une vérité absolue, mais toujours comme une vérité provisoire susceptible d’être remise en cause dans l’avenir et remplacée par une autre vérité provisoire. Mais comme l’indique Auguste Compte, l’acceptation d’une vérité relative est probablement le symbole de maturité d’esprit, et le désir d’une vérité totale et absolue est peut-être la marque d’un esprit infantile qui est toujours présent en l’homme.

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